Corrézien parti de rien et mort dans l’anonymat, Jean Gaye-Bordas est à l’origine d’une activité foisonnante, aux conséquences bien visibles aujourd’hui, depuis les châteaux de Meymac à ceux de Bordeaux : le commerce des marchands de vins de Meymac-près-Bordeaux.

Improbable homme d’affaires, inventeur d’une forme de négoce qui entraina dans son sillage des centaines de familles corréziennes et marqua l’histoire du puissant vignoble bordelais, sa vie se mélange avec la légende. De sa jeunesse, on ne connait que quelques gouttes.
Né de père inconnu en 1826 à Davignac, près de Meymac, illettré, surnommé « barlet » (petit tonneau, un nom prédestiné), colporteur de parapluies, on le raconte chiffonnier ou vendeur de lampes à pétrole Rockefeller dans le Nord de la France. Inspiré par une simple expédition d’un fût de vin, depuis Pauillac à Lille, dont il aurait été témoin, cet homme comprend avant tout le monde les secrets du commerce moderne.
Initiateur d’une sorte d’appellation fictive, « Meymac-près-Bordeaux », Jean Gaye-Bordas, devenu marchand de vin en 1865 environ, s’appuie sur cette dénomination bien pratique pour rassurer les clients du Nord et de Belgique sur l’origine du vin et de leur représentant venu de loin.
Dans son sillage, des dizaines, puis des centaines de Corréziens, de Meymac puis d’Argentat, développent le négoce de vin dans le Nord et la Belgique. Cette zone de chalandise n’est pas choisie au hasard : des régions riches, industrielles, éloignées de la production du vin et dont la consommation devient un véritable marqueur de différentiation sociale et culturelle.
Les méthodes commerciales s’affutent, avec Antoine Pecresse, qui crée en 1870 une société de vente de vins à Bordeaux : démarchage à domicile, solution de crédit (paiement au passage suivant, 6 mois plus tard), recouvrement de dettes sous forme de troc (les massives armoires flamandes en Haute-Corrèze en sont le souvenir).
Jean Gaye-Bordas colore ce commerce de sa pâte si particulière : il fait battre tambour pour annoncer son commerce, fait distribuer des pièces ou des friandises pour attirer les chalands, se fait transporter comme un empereur sur une chaise. Peu importe comment on parle de lui, pourvu qu’on en parle.
Sa réussite phénoménale se matérialise dans ses propriétés immobilières : il achète et bâtit à Meymac et à Bordeaux : il construit une maison à Davignac, puis achète un hôtel à Meymac, construit le somptueux château des Moines Larose en plein cœur de Meymac (aujourd’hui Tiers-Lieu), construit encore à Ambrugeat. Il possède successivement 4 propriétés à Bordeaux.

A ces périodes fastes succèdent des trous d’air, on lui prête une vie dissolue, une liaison avec une riche brésilienne ; il vend ses propriétés, puis repart au commerce avant de construire ou acheter de nouveau. Il meurt en 1900 chez un brigadier de gendarmerie à Ussel.
Son empreinte est celle d’un géant. Il laisse au début du siècle près de 400 négociants vivants sur le canton de Meymac. A sa suite, l’architecture de Meymac est bouleversée. L’improbable histoire des marchands de vin se raconte dans plus de 30 maisons bourgeoises et châteaux, une fontaine spectaculaire, deux musées. A Bordeaux, les propriétés viticoles de 25% du Pomerol, 15% de Saint-Emilion et 5% du Médoc parlent avec l’accent corrézien.

Une stèle sur sa tombe meymacoise, illustrée d’une photo, célèbre Gaye-Bordas : « Hommage et Reconnaissance, au créateur du genre de négoce qui a contribué à enrichir le pays ».
Texte de Florian Arfeuillère
Pour en savoir plus :
Les Amis de Meymac près-Bordeaux | marchands de vins de Corrèze
Meymac-près-Bordeaux | Tourisme Corrèze
Des visites commentées à dates fixes de l’exposition « Meymac-près-Bordeaux » sont proposées par Marcel Parinaud, président de l’association « Les Amis de Meymac près Bordeaux » et par Pierre Ouzoulias pour le « chai des Moines Larose ». Renseignements au 05 19 60 00 30.
Un musée Meymac-près-Bordeaux est constitué :
– de l’exposition « Meymac-près-Bordeaux » située au sein du pôle culturel de Meymac et qui retrace l’histoire du négoce ;
– du « chai des Moines Larose », un chai-musée à la fois lieu technique (vignoble) et lieu de présentation (reconstitution d’un bureau de négociant et exposition temporaire).
Florian Arfeuillère

Florian Arfeuillère est né en 1971 à Paris, loin de sa Corrèze familiale, qu’il rejoint le corps plein d’aise dès que possible. Promoteur de la gastronomie française en Belgique, importateur de fruits français à Taiwan, développeur de services financiers en Asie puis en Europe centrale et méditerranéenne, il a affûté au long de ses voyages les valeurs partagées de la Nouvelle-Aquitaine.
Amoureux des mots, du bon vin et des belles histoires, l’homme d’affaires s’est laissé gagner par la tentation, devenue irrésistible, de l’écriture pour conter dans son premier livre une histoire qui lui ressemble : celle d’hommes partis tenter l’aventure au loin, le corps et l’esprit voyageurs, mais le cœur près de leurs racines.
Auteur de :
Les folles années vin Les Marchands de Meymac (Editions La Geste)
Corrèze-près-Bordeaux (Editions La Geste)
« D’abord, c’est l’histoire de ma région d’origine, la Corrèze, où j’ai des racines familiales très anciennes. Ensuite, le vin m’intéresse beaucoup et j’aime le déguster ! J’ai également travailler en Belgique. Et enfin, l’histoire des marchands de vin me plaît par rapport à mon parcours personnel, puisque j’ai bourlingué plutôt du côté de l’Asie, mais je me suis senti parfois dans la peau de ces migrants hors de leur confort et devant créer du neuf à partir de pas grand-chose. »
FRANCE BLEU
Dans le cadre de l’initiative de La Corrèze en partage : Les Sucs de la Corrèze
À 908 m d’altitude, le Suc au May est l’un des plus beaux sommets de Corrèze. Son panorama embrasse le cirque de Freysselines, le plateau de Millevaches et, au loin, les monts du Cantal, du Sancy et du Dore. Symbole de hauteur et de mémoire, il fait écho à l’initiative Les Sucs de la Corrèze, qui rend hommage à des Corréziennes et Corréziens remarquables, parfois oubliés, et qui méritent de retrouver la lumière.
