Charles Lachaud (1817-1882), l’éloquence corrézienne devenue légende du barreau français

Né le 25 février 1817 à Treignac, Charles Lachaud demeure l’une des grandes figures du barreau français du XIXe siècle. Considéré comme l’un des plus brillants avocats de son époque aux côtés de Chaix d’Est-Ange, il s’illustre dans de nombreux procès retentissants, notamment celui de Marie Lafarge, qui contribue à faire de lui une célébrité nationale.

Charles Lachaud

Une enfance profondément enracinée en Corrèze

Fils de Sulpice Lachaud, notaire respecté, maire de sa commune et conseiller général du canton, Charles grandit dans un environnement marqué par le sens du devoir public et l’engagement civique. Son enfance à Treignac, au cœur du plateau de Millevaches, forge durablement son caractère et son attachement à la Corrèze.

Élève parfois peu assidu, il est envoyé à l’âge de 12 ans au collège de Bazas, où son talent pour la parole se révèle rapidement. Après des études de droit à Paris, il choisit pourtant de revenir en Corrèze pour débuter sa carrière au barreau de Tulle, preuve de son profond attachement à sa terre natale.

Le procès Marie Lafarge, tournant de sa carrière

C’est en Corrèze que se joue le véritable tournant de sa vie professionnelle. En 1839, alors qu’il plaide une affaire d’infanticide à Tulle, une jeune femme assiste à l’audience : Marie Cappelle, future Marie Lafarge. Quelques mois plus tard, devenue veuve et accusée d’avoir empoisonné son mari à l’arsenic, elle fait appel au jeune avocat corrézien pour assurer sa défense.

Marie Lafarge

Bien qu’il fasse venir à ses côtés le célèbre bâtonnier parisien Me Paillet, Lachaud se distingue déjà par son éloquence et sa conviction. Le procès connaît un immense retentissement national et propulse définitivement son nom dans les milieux judiciaires. Les affaires Besson et Marcellange, plaidées peu après, achèvent de bâtir sa réputation.

Un Corrézien devenu ténor du barreau parisien

En 1844, Charles Lachaud monte à Paris pour donner une nouvelle dimension à sa carrière. Très rapidement, il devient l’un des avocats les plus recherchés de son temps. Il défend des causes célèbres et intervient dans certains des plus grands procès du siècle : Bocarmé, Troppmann, Marie Bière ou encore Courbet après la Commune.

Élu membre du Conseil de l’Ordre des avocats de Paris en 1858, il exerce cette fonction jusqu’en 1867. Défenseur passionné de la liberté de la presse, il refuse toujours de devenir accusateur et résume lui-même sa conception du métier par une formule restée célèbre :

« Je ne m’appelle pas Lachaud, je m’appelle la Défense. »

Sa générosité est également reconnue. Il fait payer très cher les clients fortunés, mais défend gratuitement les plus modestes, fidèle à une vision profondément humaniste de la justice.

Fidèle à ses racines corréziennes

Malgré sa réussite parisienne, Charles Lachaud ne renie jamais ses origines. Tout au long de sa vie, il reste attaché à la Corrèze et y acquiert plusieurs domaines. Son parcours illustre parfaitement le lien entre enracinement local et réussite nationale.

Cette fidélité à ses racines transparaît dans son tempérament, sa proximité avec les gens modestes et son refus de toute arrogance. Derrière le prestigieux avocat parisien demeure toujours un homme du pays corrézien.

Une mémoire toujours vivante à Treignac

Charles Lachaud s’éteint à Paris le 9 décembre 1882. Ses obsèques rassemblent une foule immense venue rendre hommage à l’un des plus grands avocats français de son époque.

À Treignac, sa mémoire demeure très présente. Une statue à son effigie trône place de la République et une avenue porte également son nom à Brive-la-Gaillarde.

Figure majeure de l’histoire judiciaire française, Charles Lachaud incarne encore aujourd’hui l’alliance entre excellence, humanisme et attachement profond à la Corrèze.

Une descendance marquante

Charles Lachaud laisse également une empreinte importante à travers sa descendance. Sa fille Thérèse Lachaud est la mère de Marc Sangnier, célèbre journaliste, parlementaire et fondateur du mouvement « Le Sillon », grande figure du catholicisme social et du mouvement démocratique français au début du XXe siècle.

Marc Sangnier au début du XXe siècle par Alfred Raffoux.

Cette filiation illustre la transmission, au sein de cette famille, des valeurs d’engagement, de justice sociale et d’humanisme qui ont marqué aussi bien Charles Lachaud que son petit-fils.


Quelque citations extraites de « L’histoire générale De Treignac-sur-Vézère » de Jean Vinatier – nouvelle édition.

A Treignac, vous pouvez l’acquérir :

  • par mail à L’Encrier du Pays : lencrierdupays@gmail.com.
  • à l’office de tourisme « Terres de Corrèze », place de la République,
  • aux « P’tites Cagettes », boutique de producteurs locaux, place des Farges,
  • à l’Intermarché, route d’Egletons.



Jules Vallès, journaliste et socialiste fondateur du ‘Cri du peuple » dit de lui :
 » Ses coups de main sur la barre, ses coups de poing sur la poitrine, ses coups de gueule au grand moment, défonçaient les préventions hostiles, bousculaient la culpabilité dans la tête des bourgeois, tout contents de ce qu’on se démenait pour les convaincre. »

Marc Sangnier, son petit fils qui hérita de l’éloquence de son grand père, a souligné, à Treignac, lors de l’inauguration de sa statue, un trait particulier, peut-être le plus important:
« Il y a une voix que nous n’avons pas entendue….. c’est celle de tous ceux que Lachaud a soutenus, a défendus contre les autres et contre eux-mêmes; c’est la grande voix de tous ceux que le monde condamne ou méprise, de ceux qu’il a aimés.
 » Lachaud avait compris que nul ici-bas n’est coupable à jamais, qu’il n’y a pas de crime sans rédemption; et quand il rencontrait un misérable, objet de mépris pour tous, il trouvait dans sa conscience d’honnête homme, assez de vertu pour lui en prêter un peu et l’en recouvrir comme d’un manteau royal….bon envers tout le monde, il mesurait le secours à la détresse et le pardon à la faute. »


Une anecdote nous rappelle que sur les murs d’une prison, un criminel avait inscrit ces mots: » Niez toujours et prenez Lachaud pour avocat. »




Dans le cadre de l’initiative de La Corrèze en partage : Les Sucs de la Corrèze

À 908 m d’altitude, le Suc au May est l’un des plus beaux sommets de Corrèze. Son panorama embrasse le cirque de Freysselines, le plateau de Millevaches et, au loin, les monts du Cantal, du Sancy et du Dore. Symbole de hauteur et de mémoire, il fait écho à l’initiative Les Sucs de la Corrèze, qui rend hommage à des Corréziennes et Corréziens remarquables, parfois oubliés, et qui méritent de retrouver la lumière.