Edmond Michelet (1899-1970), un destin façonné par la Résistance

par Laurent Soutenet, président de la fraternité Edmond Michelet, professeur agrégé d’histoire-géographie, IA-IPR honoraire.

Brive, terre de Résistance, doit son caractère aux fortes personnalités qui l’ont marquée. Parmi celles-ci, Edmond Michelet tient une place éminente. Né à Paris, ce courtier en alimentation se fixe dans la cité gaillarde grâce à son engagement au 126e régiment d’infanterie puis à son mariage avec Marie Vialle.
Militant catholique, il mène avant 1940 un combat intellectuel contre le totalitarisme. Ses responsabilités dans la Résistance et sa déportation en constituent la suite logique. Après la guerre, fidèle au général de Gaulle, il effectue une brillante carrière ministérielle. Mort à la tâche, il repose auprès de son épouse dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Marcillac près de Brive.

Edmont Michelet

Une jeunesse entre contraintes et engagements

De ses parents, il reçoit en héritage sa foi catholique et son patriotisme. Son père d’abord gérant d’une épicerie Félix Potin à Paris s’installe à son compte à Pau. Père et mère affirment de fortes personnalités. Alors que le jeune Edmond aurait souhaité poursuivre des études, ils jugent la démarche inutile pour leur fils, le vouant à les épauler professionnellement.
C’est ainsi qu’Edmond Michelet rejoint l’entreprise de son père en fin de classe de première avec comme seul diplôme son certificat d’étude obtenu d’ailleurs brillamment. Cette orientation forcée le conduit à se former par lui-même, servi par une grande intelligence et une vaste mémoire.
Militant à l’association catholique de la jeunesse française (ACJF), il se fait connaître par sa culture, son dynamisme et son ascendant. Devançant l’appel en 1918, affecté à Brive, il poursuit parallèlement ses engagements associatifs et rencontre Marie Vialle, elle-même responsable locale du mouvement noëliste. Fille de Fernand Vialle, médecin fondateur de la revue littéraire La Brise, elle contribue dans le cadre d’un mariage heureux, à le fixer à Brive.  Une famille de sept enfants nait de cette union.

Edmond Michelet en famille dans sa maison à Brive, rue Champanatier, (carte postale de Catherine Gout)

Lanceur d’alertes face à la montée des périls

Dans la cité gaillarde, Edmond Michelet renonce à son engagement politique à l’Action française après la condamnation pontificale. Sans adhérer formellement à un parti, il se rapproche de la mouvance chrétienne démocrate désormais aux commandes de l’ACJF.
Responsable de celle-ci pour le département de la Corrèze, il la structure en mouvements spécialisés (ouvriers, agriculteurs, étudiants…).
Au début des années 1930, il fait la connaissance de Robert Garric fondateur des Equipes sociales. Celles-ci se fixent comme objectif de favoriser la promotion sociale de jeunes ouvriers (les enseignés) grâce à de jeunes diplômés (les enseignants).
Edmond Michelet fonde une équipe à Brive, opérationnelle jusqu’à la guerre.
Cette expérience le marque profondément. A partir de cette équipe, il crée, face à la montée des totalitarismes, un groupe de réflexion et d’action le « Cercle Duguet ».
Il s’agit pour lui de mener un combat idéologique s’appuyant sur les grandes encycliques pontificales et les textes d’intellectuels tels Jacques Maritain et Georges Bernanos. Des conférences faisant intervenir des orateurs de dimension nationale sont organisées à Brive. Les thèmes choisis sous l’appellation générale des « Dangers qui menacent notre civilisation » apparaissent prémonitoires : « Le racisme », « L’antisémitisme », « Le totalitarisme » …

Résistance précoce et déportation à Dachau

La guerre ne le surprend pas. Avec ses amis, il prend en charge en gare de Brive l’accueil des réfugiés. Lorsque le 17 juin, le maréchal Pétain demande de cesser le combat, il réagit en constituant un tract élaboré à partir d’extraits de L’argent, suite de Charles Péguy. La première phrase du texte dactylographié est sans équivoque : « Celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend ». Il rejoint ainsi nombre d’amis d’avant-guerre dans une résistance de plus en plus affirmée.

Tract rédigé par Edmond Michelet à Brive, 17 juin 1940
© Centre d’Etudes – Musée Edmond Michelet Droits réservés


Chef de la vaste Région 5 du mouvement Combat, il prend la direction des MUR (Mouvements Unis de la Résistance) . Dans sa maison de la rue Champanatier, il reçoit nombre de grands Résistants qui donnèrent leur vie pour leur cause : Bertie Albrecht, Jacques Renouvin, Pierre Brossolette
Arrêté chez lui par la police allemande le 25 février 1943, il est transféré à la prison de Fresnes puis déporté au camp de concentration de Dachau. Cette détention racontée dans Rue de la Liberté (1955) dure plus de deux ans. Le prisonnier soutenu par sa foi marque ses compagnons de bagne par son comportement. Responsable des Français du camp, il organise entraide et solidarité entre prisonniers de toutes origines. Atteint par le typhus, il se rétablit in extremis et organise l’évacuation du camp en mai 1945. Conscient d’être un survivant, il cultivera le souvenir de cette expérience en présidant l’Amicale des anciens de Dachau.

Une carrière politique exceptionnelle

De retour à Paris, sa réputation l’a précédé dans l’entourage du général de Gaulle. Ce dernier le nomme, à sa grande surprise, ministre des Armées. Il le reste pendant un an. Député, puis sénateur, Edmond Michelet rejoint la délégation française à l’ONU et conduit des missions diplomatiques en Extrême-Orient.
Dès son retour aux affaires en 1958, de Gaulle le rappelle auprès de lui. D’abord comme ministre des Anciens combattants puis place Vendôme comme Garde des sceaux, ministre de la Justice. Responsabilité d’autant plus grande que Michelet l’exerce en plein conflit algérien.
En 1961, il rejoint le Conseil constitutionnel et, obéissant au souhait du Général, se fait élire député de Quimper en 1967. Quelques jours après son élection, il est nommé ministre d’Etat chargé de la Fonction publique et de la réforme administrative.
En 1968, après avoir occupé un poste de Ministre d’Etat sans portefeuille, il est réélu député de Quimper. Après la démission du général de Gaulle à la suite du référendum sur la régionalisation, le nouveau président Georges Pompidou, en fait le successeur d’André Malraux comme ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles. Il meurt dans l’exercice de ses fonctions le 9 octobre 1970 à l’âge de 71 ans. Soit un mois jour pour jour avant le général de Gaulle.
Il est inhumé dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Marcillac de Brive tout près de la maison familiale de son épouse.

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Le Musée Michelet

A sa mort, les nombreux amis d’Edmond Michelet, frappés par sa personnalité exceptionnelle ont souhaité entretenir son souvenir. Dans un premier temps est fondée l’association de la Fraternité Michelet. Celle-ci accueille, en dehors de toute considération religieuse ou politique, tous ceux qui souhaitent transmettre son héritage intellectuel et moral.
S’est posée la question du devenir la maison familiale de la rue Champanatier. Marie Michelet, son épouse après avoir obtenu le concours de sa famille a souhaité qu’elle soit consacrée à porter et perpétuer les valeurs de la Résistance.  Léguée à la Fraternité Michelet, la maison devenue Centre et Musée Edmond Michelet a été inaugurée en 1976 par le premier ministre Jacques Chirac et le maire de Brive Jean Charbonnel.
Doté de fonds d’archives importants, d’une bibliothèque spécialisée, d’une remarquable collection d’affiches de propagande, d’un service éducatif et d’un musée permanent, le Centre Michelet organise régulièrement des expositions dans ou hors les murs, des conférences, des colloques et réunit tous les ans les défenseurs des Droits de l’Homme à l’occasion de l’anniversaire de la DUDH.
Le Centre Michelet est géré par la mairie de Brive et son directeur Thierry Pradel est également archiviste municipal.

Musée Michelet
4, rue Champanatier – 19100 Brive-la-Gaillarde


Marie Vialle, épouse d’Édmond Michelet, femme d’exception

Edmond Michelet est devenu briviste grâce à sa femme Marie Vialle, fille d’un médecin estimé et ami des lettres, Fernand Vialle.

Née à Brive, Marie Michelet (1900-1989) est la fille du Docteur Vialle qui lui a légué l’amour de la musique et des belles-lettres.
Dès juin 1940, elle agit avec son mari pour la Résistance et pour la liberté. Des années plus tard, il lui écrit d’ailleurs : « C’est ton encouragement quotidien qui m’a lancé dans l’aventure de la Résistance ».
Après la Libération, en 1944, elle devient l’une des premières conseillères municipales de la ville de Brive. C’est la première fois qu’une femme peut prendre place dans cette assemblée communale.
En décembre 1944, elle prononce un discours aux habitants de Vigeois au nom des Femmes de la Libération nationale (F.L.N.) de Brive pour le droit de vote des femmes. Elle énonce : « nous sommes fières de déclarer qu’à Brive, plus de 98% des femmes sont inscrites sur les listes électorales, n’en déplaise aux Messieurs ».
Après le décès d’Edmond Michelet, elle a à cœur de perpétuer la mémoire de la Résistance et de son mari à travers la création du Musée Michelet, au sein de la demeure familiale. Elle souhaite que la maison de la rue Champanatier soit un lieu de mémoire et de réflexion.
Publication du musée Edmond-Michelet (8/03/2021)

Pour aller plus loin

  • Visiter le Musée Michelet, rue Champanatier à Brive (entrée gratuite). Des visites guidées sont organisées.
  • Lire sans délai Rue de la Liberté  d’Edmond Michelet. Un témoignage exceptionnel qui permet de comprendre qui fut Edmond Michelet. Nouvelle édition revue et augmentée avec préface d’Hervé Gaymard et avant-propos d’Olivier Wieviorka, Seuil, 2020.
  • Consulter également le bel ouvrage de Claude Michelet, Mon père Edmond Michelet (1971) ainsi que les biographies de Mgr Jacques Perrier, Edmond Michelet, la hantise des autres, Salvator, 2020, et de Laurent Soutenet, Edmond Michelet, le pèlerin du gaullisme, Brive-Dachau-Paris, Memoring, 2025.


Reportage de France 3 « Un lieu de transmission » : le musée Edmond-Michelet de Brive a 50 ans – 17 juin 2026

Les ? de France 3 Noa : Qui est Edmond Michelet ? – 2021

À 908 m d’altitude, le Suc au May est l’un des plus beaux sommets de Corrèze. Son panorama embrasse le cirque de Freysselines, le plateau de Millevaches et, au loin, les monts du Cantal, du Sancy et du Dore. Symbole de hauteur et de mémoire, il fait écho à l’initiative Les Sucs de la Corrèze, qui rend hommage à des Corréziennes et Corréziens remarquables, parfois oubliés, et qui méritent de retrouver la lumière.